Boisé Maricourt : La rainette se fait plus rare

4 mai 2015 - Texte et vidéo : Katy Larouche - Photo : Nature-Action Québec

Les travaux de déboisement et d’installation de conduites, qui ont eu cours dans le boisé Maricourt et qui se poursuivent, ont eu un impact sur la population de rainettes faux-grillon de l’ouest qui y vit. Sur sept étangs dans lesquels l’espèce a été recensée l’an dernier, il n’en reste plus qu’un où elle est toujours présente, selon l’inventaire réalisé par Tommy Montpetit, chargé de projet au Centre d’information sur l’environnement de Longueuil (CIEL).

Le 29 avril dernier, l’équipe de M. Montpetit s’est rendue au boisé Maricourt comme elle le fait depuis maintenant 11 ans. Sur les lieux, le constat qu’a fait Tommy Montpetit est accablant. «À cause des travaux, plusieurs étangs ont été asséchés, remarque le chargé de projet. La machinerie qui a creusé pour installer les canalisations a créé un trou où l’eau s’est déversée par gravité. Ensuite, lorsque ça a été remblayé, l’eau s’est déplacée ailleurs. Le problème c’est que la rainette est très sensible à l'hydropériode

L’hydropériode traduit la durée des variations du niveau d'eau en intensité et en fréquence. Or, la rainette faux-grillon se reproduit dans des «milieux aquatiques temporaires qui s’assèchent généralement en juillet.», précise le ministère des Ressources naturelles et de la Faune. La période nécessaire pour que l’espèce se reproduise n’était donc pas complétée cette année, lorsque les étangs ont été asséchés.

 

Marieve Gagné, cofondatrice du mouvement Triangle vert et citoyenne très impliquée dans ce dossier avait néanmoins averti les conseillers municipaux, lors de la séance du conseil de ville du 17 mars dernier. Des clichés avaient été déposés, montrant que l’eau du milieu humide était drainée naturellement vers le site des travaux.

 

Selon Tommy Montpetit, l’inventaire qui a été réalisé cette année démontre que même si des rainettes n’étaient pas présentes sur les lieux des travaux, comme le soutient l’étude environnementale que Longueuil a commandée, les populations de rainettes avoisinantes ont été affectées par l’opération de déboisement et d’installation de conduites d’égout et d’aqueduc.

 

Déplacement

 

«La rainette a un milieu de vie de moins de 300 mètres de circonférence, explique Tommy Montpetit. Comme les individus vivent seulement un an, la migration est très rare.» L’équipe a aussi visité le boisé du Terroir, situé à seulement quelques kilomètres du boisé Maricourt a eu le loisir d’entendre plus d’une dizaine de mâles chanter. Néanmoins, comme les deux boisés ne sont pas reliés par une lisière végétale, il est très improbable que la population s’y étende, selon le chargé de projet.

 

Le boisé du Terroir qui a une superficie de 9,8 ha est deux fois plus petit que le boisé Maricourt, mais compte actuellement une bien plus grande population de rainettes. «Ça n’a pas toujours été ainsi, se souvient Tommy Montpetit. Avant, la population du boisé Maricourt était plus élevée que celle du boisé du Terroir.»

 

Selon le rapport que M. Montpetit a réalisé en 2008 en collaboration avec une équipe du ministère des Ressources naturelles et de la Faune, le boisé Maricourt abritait 18 sites de reproduction de la rainette en 2004. Des travaux préliminaires de prolongement du boulevard Moïse-Vincent avaient alors fait diminuer ce nombre d’un peu plus de moitié, pour atteindre sept sites qui étaient toujours existants au printemps dernier.

 

Espèce vulnérable

Les inventaires réalisés depuis 1990 ont confirmé que la rainette faux-grillon de l’ouest a perdu près de 90 % de son aire de répartition historique en Montérégie où elle était présente en abondance dans les années 1950, précise le ministère des Ressources naturelles et de la Faune.

 

Le protocole d’inventaire que suivent Tommy Montpetit et son équipe a été établi en 2004 par les biologistes Isabelle Picard et Jean-François Desroches. Des témoins sont toujours présents avec M. Montpetit pour confirmer ses données. En concordance avec le protocole du ministère des Ressources naturelles et de la Faune, les coordonnées GPS des étangs où la rainette est entendue sont enregistrées, la température de l’eau et de l’air, ainsi que l’intensité des chants sont notées soigneusement. 

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