Victoria, la Grand-mère de la Confédération

12 février 2016 - Maurice Giroux - Photos : Bibliothèque et Archives Canada, C-130582

La description des acteurs politiques qui ont façonné et rendu possible la naissance de la Fédération canadienne ne serait pas complète si on oubliait le rôle joué par la reine Victoria. Car c’est elle qui le 29 mars 1867 a donné la sanction royale au projet de loi créant la fédération canadienne.

Ce portrait représente la jeune reine Victoria (1819-1901) montée sur le trône de Grande-Bretagne en 1837 après la mort de Guillaume IV

Victoria, reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande et impératrice des Indes (née le 24 mai 1819 au palais de Kensington, à Londres est décédée le 22 janvier 1901 à Osborne House, île de Wight).

Après son couronnement en 1838, elle épousa le prince Albert en 1840. Sa jeune physionomie sur ce portrait suggère que l’œuvre a probablement été réalisée au cours des premières années de son règne, peut-être pour en commémorer l'un des premiers événements.

À noter que la reine Victoria, qui eut 9 enfants, a aussi reçu le titre de Mère de l’Europe en raison de la pléthore d’enfants et de petits-enfants et arrières-petits-enfants qui reçurent un titre royal au cours des ans.

La reine Victoria hérite du trône à l’âge de 18 ans, après le décès de son oncle, Guillaume IV, en 1837. Fervente impérialiste, elle accorde énormément d’importance à ses sujets coloniaux. La reine Victoria est en faveur de la Confédération, et son influence a un effet rassembleur sur les provinces du Canada. Si la reine ne se rend jamais au Canada, cinq de ses neuf enfants en viennent à le visiter, et nombre de bâtiments publics, de rues, de communautés et de points d’intérêt du pays sont nommés en son honneur.

Accession au trône

Victoria devient reine à la mort de Guillaume IV, le 20 juin 1837. L’accession au trône du monarque de 18 ans, dont la respectabilité est en net contraste avec la réputation de ses oncles George IV et Guillaume IV, provoque l’enthousiasme populaire.

Victoria accède au trône quelques mois avant le déclenchement des Rébellions de 1837-1838 dans le Haut et le Bas-Canada. Le 22 décembre 1837, la reine écrit dans son journal :« Les nouvelles en provenance du Canada sont, je regrette de l’écrire, très mauvaises. Il s’agit là de rumeurs et de rapports publiés dans les journaux, car nous n’avons aucun rapport officiel. Mais[le premier ministre] lord Melbourne espère que la situation n’est pas aussi grave que l’impression qui se dégage des rumeurs. Nous faisons bel et bien face à une rébellion active. » En l’honneur de son couronnement, la reine accorde l’amnistie aux rebelles du Haut et du Bas-Canada (voir Loi d’amnistie).

Mariage

Le 15 octobre 1839, la reine Victoria se propose en mariage à son cousin, le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha. Le10 février 1840, ils se marient au palais St. James. Arborant une robe blanche en satin et dentelle, Victoria lance la mode des robes de mariée blanches qui se poursuit jusqu’à ce jour.

Pendant les premières années de leur mariage, Victoria empêche Albert de se mêler de ses fonctions de souveraine, une prise de position qui provoque le ressentiment d’Albert. À mesure que leur mariage progresse, Victoria devient de plus en plus dépendante d’Albert, lequel en vient à jouir d’une influence politique et culturelle. Il conseille Victoria quant aux documents d’État, rédige sa correspondance et procède à la réforme des finances royales.

L’image publique de la famille royale se conforme aux idéaux de domesticité du monde anglo-saxon du XIXe siècle. Les images de Victoria, Albert et leurs enfants célébrant Noël et passant des vacances en famille influencent les grands courants de l’art d’être parents.

Les quatre fils de Victoria passent tous du temps au Canada. En 1860, Édouard VII, futur roi, entreprend une tournée de l’Amérique du Nord britannique et des États-Unis couronnée de succès et établissant des précédents pour les futures visites royales, dont la rencontre de Canadiens issus de divers milieux et communautés et la présentation de cultures locales

Veuvage

Le 14 décembre 1861,le Prince Albert rend l’âme au château de Windsor, victime d’une fièvre typhoïde ou de la maladie de Crohn. Dévastée, Victoria entame une longue période d’isolement au cours de laquelle elle refuse de s’acquitter de la plupart de ses fonctions publiques. Le public est d’abord sympathique.

Influence politique

À titre de monarque constitutionnel, la reine Victoria doit s’élever au-dessus de la politique. Elle ne cache toutefois pas sa partialité à l’endroit de certains premiers ministres britanniques. William Lamb, 2evicomte de Melbourne, fait figure d’autorité paternelle et de mentor au cours des premières années du règne de Victoria.

Plus tard au cours de son règne, elle favorise le premier ministre Benjamin Disraeli, qui l’alimente en croustillantes anecdotes politiques, aux dépens du premier ministre William Ewart Gladstone, plus réservé, dont elle se plaint qu’il la «traite comme si [elle était] une réunion publique».

Les convictions et les priorités politiques de Victoria évoluent après la mort d’Albert. Au cours des vingt années avec Albert, elle partage l’engagement de ce dernier envers des réformes intérieures dont la réduction des tarifs et la lutte au l’entremise de la hausse de l’âge minimum d’emploi. Devenue veuve, elle se fait ardente impérialiste et met en valeur son rôle de «mère» de l’Empire britannique.

La Confédération canadienne

En 1864, lorsque les délégués de la province du Canada, afin de participer à la Conférence de Charlottetown, mettent les voiles versl’Île-du-Prince-Édouard, le fait qu’ils le font à bord du paquebot Queen Victoria est on ne peut plus approprié. Lors de la conférence, les délégués canadiens saisissent l’occasion de proposer l’union aux colonies de l’Atlantique.

Victoria apporte son soutien à l’établissement du Dominion du Canada, réunissant des personnalités politiques des colonies nord-américaines britanniques en faisant appel à leur attachement commun à la Couronne. Elle est largement connue comme la «Mère de la Confédération», estimant qu’une Confédération réduirait les coûts de défense, tout en renforçant les relations avec les États-Unis.

«Je suis entièrement en faveur de la Confédération», déclare Victoria à une délégation néo-écossaise à Londres, «car je crois qu’elle fera la grandeur et la prospérité des provinces». Source : encyclopediecanadienne.ca

En 1857, Victoria choisit Ottawa, alors une ville d’exploitation forestière peu connue dénommée Bytown, comme capitale du Canada. Elle choisit Ottawa à nouveau comme capitale du Dominion en 1867, étant donné que la ville est à l’abri de potentielles invasions américaines, se trouvant sur la frontière entre le Canada anglais et français.

Victoria rencontre John A. Macdonald et quatre délégués canadiens en février 1867, à l’occasion de l’adoption de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique par le Parlement britannique. Macdonald se souvient ensuite que Victoria lui déclare : « Je suis très heureuse de vous voir accomplir cette mission. […]Voilà un jalon important qui fait foi de votre loyauté sans faille ». Macdonald invite Victoria à assister à la toute première session du Parlement à Ottawa le 1er juillet, mais elle ne peut s’y rendre.

Fin de vie

À sa mort en 1901, Victoria se distingue par le règne le plus long des monarques britanniques, un record battu le 9 septembre 2015 par la reine Elizabeth II. Jusqu’à la toute fin, l’engagement de Victoria vis-à-vis l’Empire britannique ne se démentira jamais, suivant de près la Guerre des Boers.

Entourée de sa famille, elle rend l’âme à Osborne House sur l’île de Wight. Sa mort marque la fin d’une époque. Le gouvernement canadien fait de la fête de Victoria, célébrée depuis 1845 en l’honneur de l’anniversaire de la reine, un jour férié permanent en mémoire de son rôle de « Mère de la Confédération ».

« Lord Carnarvon grand-père de la Confédération - Les trous béants de Londres »

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