Le coup de force d’Alexander Galt

20 janvier 2016 - Jean-Pierre Kesteman - (MG)

C’est durant la longue conférence de Londres que fut scellé le sort des écoles séparées du futur Canada. Parmi les quatre enjeux principaux qui ont façonné la nouvelle constitution du Canada, celui de l’éducation et de la langue était névralgique pour la nation canadienne-française, tout autant que le volet politique (partage des pouvoirs au sein de la Fédération), que le volet du développement économique et que celui des affaires sociales.

Alexander Galt, membre du quatuor des Pères de la Confédération s’y est pris à deux reprises pour imposer ses vues en matière des droits scolaires. La première fois, durant la Conférence de Québec de 1864 où il subit un échec. Mais il réussit son coup en 1866-67 à Londres, à la barbe même de George Étienne Cartier, si ce n’est avec son accord implicite, selon certains historiens.

Cette semaine, voici un portait de Alexandre Galt (6 septembre 1817 - 19 septembre 1893)

«Alexander Tilloch Galt est l'un des hommes politiques canadiens les plus influents de son époque. Son rôle est prédominant au moment des conférences constitutionnelles; il s'implique dans le dossier du développement économique et il se consacre à la défense des droits des minorités religieuses. Tout cela en fait l'un des hommes qui méritent pleinement le titre de Père de la Confédération.

Au début de sa carrière, A. T. Galt peut être perçu comme un «rouge» qui appuie l'abolition du régime seigneurial, la sécularisation des réserves foncières du clergé, le vote secret aux élections ainsi que la séparation de l'Église et de l'État.

Mais la suite de sa carrière démontre clairement qu'il est avant tout d'allégeance conservatrice. À la suite de la dissolution du gouvernement, en 1858, le gouverneur général, Edmund Walker Head, demande à A. T. Galt de former le nouveau gouvernement. Il refuse, mais suggère de confier la tâche à George-Étienne Cartier. Celui-ci accepte et forme le gouvernement avec John A. Macdonald; Alexander Tilloch Galt sera inspecteur général (ministre des Finances de l'époque).

L'entrée d'A .T. Galt au gouvernement est conditionnelle à ce qu'il entreprenne d'étudier sérieusement le projet d'une fédération des colonies de l'Amérique du Nord britannique. En octobre 1858, encouragés par le gouverneur, Alexander Tilloch Galt, George-Étienne Cartier et John Ross partent pour Londres afin de présenter leur proposition à la reine Victoria. Le projet est reçu avec une indifférence polie et est mis sur les tablettes jusqu'en 1863.

La majorité en Chambre du gouvernement Macdonald-Taché permet, en 1863, la création d'un comité parlementaire chargé d'étudier la réorganisation de la structure politique «canadienne». Mais après un autre changement de gouvernement, la Grande Coalition se forme, en 1864, et le processus menant à la Confédération s'enclenche définitivement. Alexander Tilloch Galt prend part aux conférences de Charlottetown, de Québec et de Londres.

Il est de ceux qui participent à l'organisation administrative du nouveau pays. Il se fait aussi le champion de la clause concernant le respect des droits scolaires de la minorité protestante du Québec. L'hostilité de la majorité des politiciens du Haut-Canada relativement à l'octroi des mêmes privilèges pour la minorité catholique de leur province pousse A. T. Galt à démissionner du Cabinet en 1866.Mais son apport est trop important pour qu'on le laisse à l'écart. Lors de la rédaction définitive du texte constitutionnel, on inclut la protection des droits scolaires des minorités religieuses, et ce, pour toutes les provinces.

Le premier ministre J. A. Macdonald nomme A. T. Galt ministre des Finances dans le premier cabinet ministériel canadien. Son désaccord avec certaines politiques gouvernementales l'amène à quitter définitivement la politique active en 1872.

Le reste de la carrière politique d'A. T. Galt se déroule à titre de représentant du gouvernement canadien à l'étranger jusqu'en 1883, année où il retourne au monde des affaires. Comme il a des problèmes de santé récurrents vers la fin de sa vie, A. T. Galt est très limité dans ses activités, après 1890. Il meurt à sa résidence de Montréal le 19 septembre 1893».

Source :

Kesteman, Jean-Pierre. -- « Galt, sir Alexander Tilloch ». -- Dictionnaire biographique du Canada. -- Vol. XII. -- [Québec] : Presses de l'Université Laval, 1983.-- P. 378-387

« Dans les coulisses du pouvoir - Les deux Grands Pères de la Fédération canadienne »

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